Interview pour LCI : Tristan Leteurtre évoque son parcours de serial entrepreneur

Des cartes de paiement intelligentes pour en finir avec les notes de frais

Sur le plateau de LCI, Tristan Leteurtre, CEO et Co-Founder de Mooncard parle de son parcours d'entrepreneur.

En finir avec le casse-tête des frais bancaires, qu’ils soient désormais totalement automatisés, c’est ce que permet l’entreprise Mooncard créée par Tristan Leteurtre, un serial entrepreneur, passé par Centrale Paris et Cambridge. L’originalité de Mooncard, ce n’est pas d’être une application supplémentaire, mais d’avoir mis en place une véritable carte bancaire automatisée et intelligente, reliée à un logiciel qui rentre directement les notes de frais que vous n’avez plus à avancer. L’entreprise compte aujourd’hui 25 personnes et son chiffre d’affaires est en croissance de 15 à 20% par mois. Rencontre avec son président Tristan Leteurtre pour son elevator pitch.

Alors on se retrouve dans un ascenseur - vous avez l’habitude de l’exercice ! -, il faut convaincre les investisseurs avant qu’ils n’arrivent au dernier étage. Vous avez réussi à le faire puisque vous avez convaincu récemment deux investisseurs, et non des moindres, puisque qu’il s’agit de Bernard Arnaud et de Clara Gaymard. Qu’est-ce que vous leur avez dit ? Est-ce que vous étiez dans un ascenseur ou pas ?

Non, on était plus classiquement dans une salle de réunion. On parle de productivité et de charge mentale dans les entreprises au sujet des notes de frais. Tous les mois vous avez plusieurs millions de salariés - en ce moment-même - qui paient avec leur carte de paiement personnelle, qui remplissent des tableurs et puis derrière se font rembourser par l’entreprise : ils doivent donc avancer l’argent. Nous, on trouve un peu absurde qu'en 2019, les gens continuent à avancer de l’argent et remplir à la main des tableaux. C’est pourquoi on a décidé de relier l’univers des cartes de paiement et des logiciels de gestion de frais pour faire une solution cohérente qui va du paiement à la comptabilité sans ressaisie.

Concrètement, qu’est-ce que le collaborateur doit faire quand il arrive quelque part, il donne juste la carte ? C'est tout ?

Voilà, c’est une carte de paiement classique Mastercard qui permet de payer partout, sur Internet chez les commerçants. A chaque paiement l’utilisateur reçoit un SMS qui lui demande de prendre en photo le reçu et grâce aux informations de transaction, de connexion aux emails, à l'agenda, tout est pré-rempli et donc il a juste à valider.

Et qu'est-ce qu’elle apporte de plus qu’une carte corporate classique votre carte ?

Alors d’une part elle va permettre de débiter le compte de l’entreprise, d'autre part, il y a les paramètres, par exemple je vais décider de désactiver les restaurants, les distributeurs de billet ou les week-ends, ce qui permet un contrôle beaucoup plus fin des paiements. Ce qui permet de distribuer la carte à peu près à n'importe qui dans l’entreprise, sans inquiétude.

Alors, imaginons qu'un collaborateur parte en voyage et qu'il ait envie de faire un spa, ce qui n’est en théorie pas possible. Vous lui envoyez une notification comme quoi il ne peut pas en faire, il donne quand même la carte, qu’est-ce qu’il se passe ?

Alors, en fait le paiement est tout simplement refusé. Ca fait partie de la technologie que l’on a développée. Il met la carte dans le terminal ; paiement refusé. Il ne peut tout simplement pas effectuer le paiement.

Alors vous avez réussi à convaincre déjà pas mal d’entreprises, environ 1000 et des grands noms : VINCI, Air France. C’est une démarche qui séduit ?

Oui, le sujet des notes de frais intéresse tout le monde : les comptables, les dirigeants, les salariés. Tout le monde se plaint, c’est assez universel comme douleur. On commercialise la Mooncard auprès de 1000 entreprises, que ce soit des grands groupes ou des petites sociétés partout en France. C’est un sujet qui concerne tout le monde, et toutes les industries : les cabinets de conseil, dans la gestion de projet, dans les travaux ou les sociétés dans l'événementiel. N’importe qui a besoin de payer pour son entreprise.

Alors j’imagine que ça n'a pas été forcément facile notamment en termes de gestion administrative ou encore en termes de recrutement.

Oui, alors Mooncard est déjà un produit de paiement donc pour convaincre les différents partenaires sur le paiement c’était compliqué et s’agissant du recrutement, on a commencé à deux, deux personnes avec une ambition très forte donc on a voulu associer progressivement des gens à la fois très talentueux, à la fois qui acceptent de se jeter à l’eau avec une si petite structure.

Vous recrutez surtout des développeurs ?

On a commencé avec beaucoup de développeurs pour l’équipe technique et concevoir le produit. Aujourd’hui on a un enjeu de commercialisation et de marketing donc c’est plutôt le type de postes que l’on recheche en ce moment. Même si le produit continue à avancer très vite !

C’est quoi le coup d’après, qu’est-ce que vous voulez faire pour la suite ?

Alors on a un produit qui fonctionne bien, on a 1000 entreprises, ce qui est déjà exceptionnel à notre échelle mais on a près de 650 000 entreprises en France aujourd’hui qui continuent à traiter les notes de frais à la main donc on a ...

85% des salariés

Exactement, 85% des salariés. Pour équiper tous les salariés français, un maximum de salariés français, on a un objectif dans 3 ans qui est de 200 000 utilisateurs, donc pour cela il faut se faire connaître sur différents canaux et on renforce les équipes commerciales et marketing.

C’est un marché énorme aujourd’hui, vous avez combien sur ce marché en termes de part, qu’est-ce que vous visez ?

Aujourd’hui, il y a assez peu finalement de cartes corporate dans les entreprises et notamment dans les TPE et PME parce que justement ça fait peur de donner une carte de paiement. Mais on a près de 2 millions et demi de salariés qui font encore des notes de frais, donc l'idée c’est d’atteindre 10% sur le marché dans les 3 prochaines années voire plus puisque l’on est très ambitieux.

Finalement, quels sont les 3 conseils que vous donneriez avec votre expérience de serial entrepreneur - puisque vous n'en êtes pas à la première expérience avec Mooncard -, quels sont les 3 conseils que vous donneriez à un chef d’entreprise qui veut se lancer aujourd’hui ?

Alors c’est un exercice assez difficile puisque moi-même j’ai reçu beaucoup de conseils au cours de mes directions au sein des précédentes sociétés que je n'aie parfois pas appliqués et d'aillleurs, j’ai eu raison de ne pas les appliquer.

Pourquoi ?

Parce que chacun raconte son histoire et ses facteurs de succès, mais c’est pas toujours le cas. Chaque entreprise a son histoire. Moi, je m’attache personnellement d’une part à l’équipe, j'aime associer des gens avec beaucoup de potentiel et beaucoup de capacité d'exécution mais aussi beaucoup de piraterie, donc la capacité à aller très vite et faire beaucoup avec peu de moyen. La partie investissement, nous on a essayé de commencer avec peu de moyen, peu de ressources, enfin de faire beaucoup avec peu et donc les levées de fonds souvent les entrepreneurs sont obsédés par les levées de fonds. Il y a beaucoup de communication à faire là-dessus, on a beaucoup communiqué.

Oui, vous avez levé 5 millions quand même.

Exactement, mais on l’a fait après un peu plus de 2 ans, une fois que l’on avait un produit qui fonctionnait, des clients, et donc on a un peu attendu et repoussé le plus possible.

Vous ne pensez pas que le chef d’entreprise se focalise trop sur la levée de fonds et qu’il néglige son activité de fond ?

Exactement c’est un petit problème. Il faut aller le plus rapidement possible, commercialiser le produit et se confronter aux clients pour avoir des itérations et faire évoluer le produit sans effet tunnel - vous savez, de passer un ans ou deux à développer un produit qui n’intéresse personne.

Il faut se lancer, quoi !

Voilà, il faut se confronter au client.

Pour terminer, une dernière question, quelle est pour vous l’actualité importante en France ou dans le monde qui concerne votre secteur et qui va vous impacter pour les années à venir ?

Alors, on est dans les univers bancaire, administratif et comptable ; sur la partie administrative et comptable, il y a un sujet qu'on prend à bras le corps, qui est la dématérialisation totale des justificatifs, c’est-à-dire la capacité à ne plus avoir à gérer de papier. Aujourd’hui, dans les différents organes de l’administration, certains acceptent, d’autres pas forcément, d'autres oui mais sous certaines conditions. Et donc nous, on trouve ça dommage en 2019 de continuer à avoir du papier. Ce n’est pas pratique, ce n'est pas très écologique d’ailleurs. On souhaite créer avec l’industrie les conditions dans lesquelles les gens n’auraient plus à garder de papiers mais uniquement des photos.

Donc on aura encore à faire la photo mais pas besoin de garder le justificatif, c’est ça l’idée ?

Voilà, c’est ça.

Merci beaucoup Tristan Leteurtre d’avoir été avec nous.

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